LA PORTE DE LA CRAFFE
L'ancien nom de cet accès fortifié de
Nancy était la porte des Bordes (ce mot désignait
les masures abritant les malades contagieux rejetés de
Nancy). Le vocable de Craffe serait apparu au début du
XVème siècle ; son sens demeure mystérieux,
deux étymologies semblent pertinentes : en vieux français
escraffe ou grafe désignait soit un motif en forme de
coquille (qui aurait décoré le claveau supérieur
de la porte principale), soit une grosse agrafe métallique
assemblant des pierres appareillées.
La monumentale porte de la Craffe témoigne
de la qualité de l'enceinte protectrice de la cité à la
fin du XIVème siècle. En effet, ses deux tours
jumelles, édifiées en 1463, possèdent des
murs de trois mètres d'épaisseur qui résistèrent
vaillament aux sièges de la ville en 1476 et 1477 par Charles
Le Téméraire. Les fenêtres étaient
disposées de manière à
faciliter des tirs dans toutes les directions, des corbeaux de
pierres soutenaient autrefois des volets protégeant les
défenseurs postés à ces ouvertures.
Les
entrées nord et sud étaient surmontées d'une
bretèche dont le surplomb permettait de bombarder les
assaillants de projectiles, d'huile et de poix bouillantes. L'entrée
nord a été considérablement modifiée
depuis sa création.
Les fossés furent mis en eaux au XVIIème
siècle par les occupants français qui y drainèrent
les eaux du ruisseau de Boudonville.
Côté ville, la porte centrale a subi
une mise à la mode de style classique ; le commandant
Trancart la restaura dans le style néogothique, faisant
disparaître du même coup l'horloge qui la surmontait.
Le décor restauré comporte des copies d'effigies
de ducs de Lorraine, une Vierge à l'Enfant du XIVème
siècle et une ouverture en forme de croix de Lorraine.
Les portes piétonnes entourant la porte furent
établies en 1870 par l'architecte municipal Prosper Morey.
Le lanternon central fut édifié au début
du XVIIème siècle, il contenait une cloche récupérée à l'église
Saint-Epvre afin de rythmer les heures, de marquer le couvre-feu,
les exécutions capitales et les corvées.
Dès le XVème siècle la porte
fut mise à contribution comme prison.
C'est sous le règne de René
II, au début du XVIème siècle, que l'on établit
(à l'arrière de la porte de la Craffe en direction
de l'ancien village de Saint-Dizier réduit aux Trois-Maisons
pour des raisons stratégiques) un gros terre-plein ; il était
destiné à renforcer la défense de la porte
de la Craffe contre les performances de tir de l'artillerie naissante
; dans ce boulevard on perça une porte qui fut reliée à la
Craffe par une voûte. Le décor de la porte mettait
en valeur un groupe sculpté de l'Annonciation (aujourd'hui
conservé au Musée Lorrain) car René II attribuait
sa victoire sur Charles le Téméraire à la
protection de la Vierge de l'Annonciade dont l'effigie ornait
son étendard. De part et d'autre de la niche des statues,
deux cartouches rectangulaires expliquent cette dédicace.
Le décor était complété par les armes
pleines de Lorraine et celle d'Elisé de Haraucourt (gouverneur
de Nancy qui fit restaurer la porte en 1615).