PALAIS DUCAL
Lorsqu'il
fut enfin maître de ses états libérés
de Charles
le Téméraire, René II constata que le château
de ses ancêtres tombait en ruines ; en 1502 il fit élever un
corps de logis neuf dans l'alignement de la collégiale Saint-Georges.
La conception du futur palais est due à Jacques de Vaucouleurs
qui resta à la tête du chantier jusqu'en 1522 ; les travaux se
poursuivirent sous les règnes du fils de René, Antoine, ils ne
s'achevèrent que sous le règne de Charles
III.
Il n'est sans doute pas indifférent que le duc
Antoine ait participé à la bataille de Pavie, puisqu'il connut
l'art de la Renaissance en Italie. Epoux de Renée (fille du connétable
de Bourbon) ; il fréquenta dans sa jeunesse le château de Blois
dont la porte monumentale a inspiré la porterie du palais ducal
de Nancy (à laquelle travailla le sculpteur Jacquemin de Lenoncourt
de 1511 à 1512) avec son décor de candélabres, de grotesques,
de putti, de trophées d'armes et la statue équestre d'Antoine
(par Mansuy Gauvain) campée dans une niche à l'arc surbaissé.
Cette statue fut brisée à la Révolution, Giorné Viard
la restitua (1851) en mariant la pierre ocre de Jaumont aux structures
de calcaire oolithique blanc.
Le style bien caractéristique de la Première Renaissance,
dite encore " Gothique de transition ",
allie ici des décors italianisants à des structures encore marquées
par le moyen âge ainsi qu'on le voit à la découpe des balustrades
des balcons, aux gargouilles et, sur la cour intérieure, par
le recours à des arcs en tiers point, des contreforts coiffés
de pinacles gothiques. Les fenêtres à meneaux, les médaillons
figurés de la cour, la moulure torsadée qui court le long de
la façade sur rue, les culs-de-lampe historiés des balcons (très
restaurés) sont typiques de la Renaissance.
Le
premier étage du palais était occupé par une grande et belle
salle qui reçut le nom de Galerie des cerfs à cause d'une décoration
peinte à laquelle participa Jacques
de Bellange ; Charles III fit aménager en parallèle
un espace qui rivalisait victorieusement avec elle : la Salle
Neuve...
Côté jardin, l'escalier de l'Horloge (installée
au XVIème siècle), encore nommé tour du Paradis, établit une
frontière entre la partie du palais plus ancienne et l'aile classique
réalisée à la demande du duc Léopold.
En 1848 la Société d'Archéologie Lorraine établit
un musée dans le palais abandonné qui avait servi d'écuries puis
de casernement aux gendarmes. Attaché au service des Monuments
Historiques, l'architecte Emile Boeswillwald, restaura la galerie
couverte de la cour renaissance, tandis que Prosper Morey (architecte
de la Ville et des Monuments Historiques du département depuis
1850) s'attachait à faire revivre, en la dénaturant, la partie
nord de la façade sur la Grande Rue.
En 1871 le palais fut ravagé par un incendie et
avec lui la plus grande partie des collections du musée lorrain
primitif mais la Société d'Archéologie Lorraine et d'autres mécènes
veillèrent à sa résurrection.
Le Musée lorrain présente un panorama complet
de l'histoire de la Lorraine ainsi que quelques unes des œuvres
les plus réussies d'artistes qui virent le jour ou s'illustrèrent
dans cette région : Ligier Richier, Georges de La Tour, Claude
Deruet, Jacques Callot (300 cuivres ainsi que la plupart de ses
gravures), César Bagard, les Adam, Louis Cyfflé, Clodion. On
y voit également des exemples des productions des grandes manufactures
lorraines (Lunéville, Saint-Clément, Niderviller) et des témoignages
de la richesse de la vie de la cour de Lorraine (tapisseries
de Banquet, meubles, tableaux)