EGLISE DES CORDELIERS
Autrefois reliée au palais ducal par un passage couvert,
l'église des Cordeliers résulte du vœu de René
II de faire élever un sanctuaire s'il était
vainqueur de Charles le
Téméraire. Ce lieu de culte fut consacré en
1487. Il consiste en une nef de 73 mètres de long qui
reçut ultérieurement sur ses flancs des chapelles
funéraires. Des vitraux animaient ces volumes de leurs
reflets diaprés et la voûte de l'église s'ornait
de fresques aux riches couleurs ; une portion de peinture intacte
retrouvée au cours de travaux de restauration atteste
de la qualité de ce décor.
Le
chœur de l'édifice est habillé par des stalles
(1691) aux putti musiciens, provenant de l'abbaye mosellane de
Salival, elles furent remontées à cet emplacement
en 1818 lorsque l'on tenta d'effacer les dégradations
révolutionnaires.
Au mur sud s'accroche un enfeu polychrome influencé par
le style Renaissance, celui du duc René II, on y reconnaît
les intercesseurs favoris du duc : Saint Georges, Saint Nicolas,
l'ange et la Vierge de l'Annonciation, Saint Jérôme
et Saint François d'Assise, perchés sur les armoiries
ducales et lorraines, ils sont encadrés par des pilastres
rehaussés de grotesques et dominés par une représentation
de Dieu le Père. Le gisant et la statue de René en
prière au pied de la Vierge furent anéantis à la
Révolution.
Un retable polychrome (de 1522) décore la pierre d'autel
sur laquelle est dressée une représentation de
la Sainte Trinité
; ce retable abrite dans des niches à coquille des évangélistes
et des saints ainsi que la scène de l'Annonciation chère à René
II.
Le couvent voisin, édifié grâce à la
générosité de René II, fut confié aux
Franciscains ; sa bibliothèque contenait trois mille volumes,
il abrite actuellement le Musée
des Arts et Traditions populaires (habitat, mobilier, outils,
métiers de la Lorraine rurale).
Le sobre volume de la chapelle des Cordeliers en a fait le réceptacle
d'un dépôt glyptique : les statues (peut être
de Florent Drouin) du tombeau du cardinal Charles de Vaudémont
y voisinent avec le remarquable gisant de l'épouse de
René II, Philippe de Gueldres, c'est une œuvre en
calcaire teinté de Ligier
Richier, qui a échappé aux sans-culottes de
Pont-à-Mousson. De nombreuses sculptures (dont une Cène
de Florent Drouin), pierres tombales et gisants y trouvèrent
aussi refuge. Nombre de peintures de qualité ornent les
murs de l'église, au nombre desquelles il faut citer la
Vierge au rosaire de Jean de Wayembourg, et deux compositions
de Rémond Constant.
Le talentueux graveur du XVIIème siècle Jacques
Callot y est inhumé avec son père et son
grand-père (monument funéraire à l'entrée
du cloître) .
La rosace occidentale qui surmonte le portail - accommodée
au goût du style classique - est garnie d'un vitrail moderne
reproduisant les armes de Lorraine.
La dynastie des Habsbourg-Lorraine resta toujours attachée à
la chapelle funéraire de ses aïeux : la Chapelle
ronde ; le passage qui fait la transition entre ce volume et
celui de la chapelle des Cordeliers abrite un très rare
groupe sculpté de style roman représentant un croisé et
sa femme enlacés.
Henri II entreprit l'édification de la chapelle ducale
(1609-1612) que son père Charles
III avait projeté d'élever à l'égal
de la chapelle des Médicis
à Florence. Elle est dédiée à Notre-Dame
de Lorette. Jean Richier, Jean-Baptiste Stabili, Pierre Michel
et Toussaint Marchal y travaillèrent mais le superbe octogone à lanternon
ciselé par Siméon Drouin (1632) ne donne qu'un
pâle reflet des fastes projetés sans être
menés à terme. La Révolution profana les
sépultures des ducs de Lorraine et le sanctuaire qui,
malgré les restaurations, resta très en dessous
des espérances ducales initiales. Un vigoureux bas relief
attribué à Chassel figurant le Christ mort rehausse
le devant d'autel de la chapelle.
Marie-Antoinette, venant rejoindre son futur époux, passa à Nancy
en 1770, elle se recueillit sur la tombe de ses ancêtres
Habsbourg-Lorraine dans la chapelle ronde ou, le 10 mai 1951
l'archiduc Otto de Habsbourg épousa la princesse Régina
de Saxe-Meiningen, les époux y célébrèrent également
leurs Noces d'Or, en famille en 2001.