CATHEDRALE
Les soubresauts de la Réforme ne manquèrent pas
d'avoir des incidences sur le comportement du clergé lorrain,
le cardinal Charles de Lorraine -fils de Charles
III- faisait figure de défenseur du catholicisme ;
Charles III rêvait de renforcer l'importance de sesétats
en obtenant la création d'un diocèse (rivalisant
avec les Trois Evéchés : Toul - Metz - Verdun),
il ne parvint qu'à la création d'un chapitre primatial
aussitôt dédié à la Vierge de l'Annonciation
et doté
des reliques de Saint Sigisbert -roi d'Austrasie au VIIème
siècle- provenant de l'abbaye de Saint-Martin-lès-Metz.
La
primatiale provisionnelle fut élevée, d'abord sur
la place principale de la Ville Neuve, puis transférée
dans le quartier de l'actuelle cathédrale. La guerre de
Trente Ans repoussa à la fin du XVIIème siècle
(sous le règne du Duc Léopold) la construction
de l'édifice ; son orientation fut d'ailleurs changée
(le chur étant dirigé vers le sud). Les premiers
plans furent demandés en 1700 à Giovanni Betto
(auteur de l'église de Saint-Dié
et de travaux commandés par diverses congrégations
religieuses) et ce fut le frère du duc, François,
qui posa la première pierre. De 1709 à 1715 les
travaux furent interrompus. Betto reçut de sévères
critiques de la part du grand architecte français Jules-Hardouin
Mansart qui préconisa d'équilibrer les volumes
par l'établissement d'un dôme à lanternon à
la croisée du transept ; cela n'empêcha pas l'architecte
de travailler sur le chantier jusqu'en 1722, date de sa mort.Germain
Boffrandreprit alors le flambeau et termina les travaux à
l'économie (entre autres, sans le dôme) ; on lui
doit le dessin des tours à lanternons (1729) et celui
des stalles du chur.
En novembre 1742 la première messe put être célébrée
dans la Primatiale tandis que les aménagements intérieurs
se poursuivaient.
Le chapitre cathédral de Toul (cette cité était
alors en perte de vitesse au plan économique) fut reversé sur
Nancy en 1777. La Révolution transforma le bâtiment
en temple de la déesse Raison, le sanctuaire fut profané,
les sculptures des façades (de Dieudonné, Lemoine,
Pousset, Hennequin et Chauvel) furent bûchées mais
l'orgue survécut grâce à un patriote interprète
d'un hymne révolutionnaire, le " ça ira ".
La cathédrale fut restaurée (on remplaça
le groupe de l'Annonciation, qui consistait en une statue de
la Vierge et celle de l'archange Gabriel répartis dans
deux niches, par les effigies de saint Mansuy et saint Sigisbert).
Elle devint le refuge d'uvres à thèmes religieux
dont les
églises destinataires avaient disparu, c'est le cas de
la Vierge à l'Enfant bénissant (sculpture de 1669,
par César Bagard, provenant de l'église du couvent
des Carmes et inspirée de l'uvre du Bernin), Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle
(statue du XVème siècle, provenant de la collégiale
Saint-Georges).
La cathédrale ne cessa d'être distinguée
et en 1867 elle accéda au rang de basilique privilégiée.
Sa nef est rythmée par des pilastres corinthiens d'ordre
colossal encadrant les arcades dont les écoinçons
abritent des anges sculptés par Menuet, Mesny et Dieudonné,
les messagers célestes arborent les emblèmes de
la Vierge inspirés des Litanies, de l'Ecclésiaste
et des Cantiques. Les chapelles latérales sont closes
par des grilles aux formes rococo, uvres deJean
Lamouret de son élève François Jeanmaire.
La croisée du transept est marquée par une modeste
(en comparaison des projets de Mansart) coupole sur pendentifs
; Joseph Jacquard les a peuplés de cent cinquante personnages
symbolisant l'Ancien et le Nouveau Testament, les grands Docteurs
de l'Eglise rassemblés autour de la Sainte-Trinité.
Jacquard mena ce chantier de 1723 à 1727. Des restaurations
maladroites ont altéré sa composition.
L'abside est ornée de trois grandes peintures du nancéien
Claude Charles, elles représentent le couronnement de
saint Sigisbert et le même intercesseur servant les pauvres,
toiles placées de part et d'autres d'un tableau figurant
des anges volant dans les nuées. Dans l'abside on voit
aussi un grand Christ en croix qui pourrait être sorti
du ciseau deLigier Richier.
La tribune surmontant l'entrée de la cathédrale
supporte un grand orgue (de 1757) du type seize pieds du aux
ateliers des frères Dupont, il est contenu dans un buffet
conçu par Mesny selon le projet de Jennesson. Le célèbre
facteur Aristide Cavaillé-Coll augmenta (en 1861) sa capacité jusqu'à
trente-deux pieds.
Le trésor de la cathédrale regroupe des objets
liturgiques attribués
à saint Gauzelain, évêque de Toul : évangéliaire
du IXème siècle enchâssé dans une
reliure du siècle suivant ; peigne liturgique, calice,
patène et plaque d'ivoire du Xème siècle
; croix d'émaux limogeaux du XIIIème siècle
; étole de saint Charles-Borromée, reliquaire du
XVIIème siècle et pièces d'argenterie liturgiques
des XVIIème et XVIIIème siècles